04/05/2015 - 00:00

PATHE’O : «Les Africains n’ont pas besoin de s’habiller ailleurs»

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L’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) a formé récemment huit créateurs chez Pathé’O à Abidjan. Après cette initiative, quelle forme de collaboration entre l’OIF et les couturiers africains ?Eléments de réponse avec Pathé’O. Il évoque au passage sa nouvelle gamme de produits. Ce sont des tee-shirts en coton pour jeunes qui rencontrent déjà l’adhésion du public.

 

• Quel bilan faites-vous après le défilé marquant la fin du programme ‘’Edition Limitée’’ initié par l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) récemment à Dakar ?

- Pour une première édition, je pense qu’on a eu un bon résultat. A la longue, l’appellation Edition Limitée va disparaître. Vu l’intérêt que le programme a suscité auprès des concernés et de leurs formateurs, je me dis qu’il doit continuer. Tout le monde était unanime à reconnaître que c’était une bonne idée, une bonne initiative. Les jeunes créateurs étaient venus de plusieurs horizons pour se retrouver à Abidjan et ensemble, ils ont formé une famille avec la Maison Pathé’O. il y a eu une collaboration très franche, très forte, très poussée. La formation a été plus pratique et directe. Avec l’engagement de tout un chacun, encadreurs comme apprenants, tout s’est déroulé d’une manière simple. Alors que chacun est arrivé avec sa méthode à lui, issue d’autres formations ou d’autres écoles de formation. Il fallait s’y adapter et en deux semaines, ce qu’ils avaient comme difficultés, a été vite aplani et évacué par les encadreurs. Ça a donc été une collaboration très enrichissante, tant du côté de la Maison Pathé’O, que du côté de ceux qu’on a formés. Je peux dire que la direction de la diversité culturelle et du développement de l’OIF, sous la houlette de Mme Youma Fall, a vu juste en initiant ce programme.

• Un mot sur le défilé final de Dakar…

- Le premier défilé de fin de stage a eu lieu à Abidjan. Cela présageait donc une réussite du défilé de Dakar, pendant le Sommet de la Francophonie.A Abidjan, certains participaient pour la première fois à un défilé de mode. Il y avait donc le trac, la peur au ventre… Quand ils ont franchi cette étape-là, Dakar était beaucoup plus facile pour eux. Je leur avais conseillé de peaufiner leur travail une fois retourné, chacun chez lui. Ils ont dû corriger les petites imperfections qu’il y avait sur leurs collections pour que le défilé de Dakar soit parfait. A Dakar, le défilé a eu un grand succès. Le 28 novembre 2014, jour de la présentation de leurs travaux, le programme était chargé. Il y a eu du théâtre, de la danse, de la musique avec Magic System… Mais après le défilé, si on se réfère à l’applaudimètre, je crois que le travail des jeunes gens a été ovationné, et fort apprécié. Les spectateurs ont beaucoup aimé et étaient très surpris qu’en deux semaines, les jeunes aient pu réaliser une telle prouesse. Pour l’avenir, la voie est ouverte pour ces jeunes, pour affronter de nouveaux podiums. Ils ont voyagé, ils ont vu comment ça se passe et ça les a beaucoup renforcés sur le plan moral et mental.

• Au départ, ‘’Edition Limitée’’ était seulement une formation et à la fin, vous avez décidé

d’instaurer un prix. Pourquoi ?

- Le projet en lui-même est une initiative de Mme Youma Fall de la Francophonie. Mais il faut dire que c’était en collaboration avec la Maison Pathé’O car Youma Fall et moi avons beaucoup discuté et on est tombé d’accord sur le principe. J’ai juste faire remaruer que ce n’est pas normal que l’OIF soutienne la musique, la danse, le théâtre, des domaines où tous les acteurs sont toujours habillés par les créateurs. Alors que la mode reste délaissée. Or, la mode est culturelle, vu ce que nous faisons, les matières que nous utilisons. Pourquoi l’OIF ne soutiendrait pas aussi la mode ?C’est comme ça que le projet est né. Après, on a décidé de limiter l’initiative à 10 pays et l’âge des jeunes à former, compris en 20 et 35 ans. D’où le terme ‘’Edition Limitée’’. Il ne faudrait pas recruter des couturiers de 60 ans ou bien de très jeunes qui sont encore sur les bancs. Après le succès du défilé de fin de formation à Abidjan, je me suis dit qu’un prix pourrait plus inciter les jeunes gens à continuer à travailler. C’est vrai que l’OIF avait soutenu la formation et donné des perdiems aux jeunes créateurs, mais instituer un prix les motiverait plus. C’était juste pour ça, sinon dans l’ensemble, tout le monde a bien travaillé. Faire un classement permettrait de choisir trois qui sortent du lot et les accompagner si possible. Cela les aiderait à être définitivement indépendants. L’OIF a accepté de financer le prix à hauteur de 3.000 euros (1.965.000 FCFA) pour le premier, 2.000 euros (1.310.000 FCFA) pour le second et 1.000 euros (655.000 FCFA) pour le troisième.

• Les jeunes se sont formés dans votre atelier à Abidjan.Et à l’arrivée, c’est une Ivoirienne qui remporte le premier prix…

- Je ne faisais pas partie du jury. Mais en réalité, l’Ivoirienne mérite son prix. J’ai suivi tout le monde et je sais ce que chacun vaut, même si dans l’ensemble tout le monde a bien travaillé. Ce qui est curieux, c’est qu’au départ, l’Ivoirienne n’était pas dans le lot des jeunes à former. Quand j’ai détecté que la représentante gabonaise ne remplissait pas les conditions, on l’a remplacée par l’Ivoirienne. Les jeunes étaient déjà là et on n’avait plus le temps pour aller prendre quelqu’un venant d’un autre pays. Des huit créateurs à former, il y avait donc deux Ivoiriens. L’Ivoirienne est arrivée au dernier moment mais c’est finalement elle qui a remporté le premier prix. C’est mérité.

• Il était aussi annoncé un défilé ivoirien avec notamment Pathé’O, Michèle Yakice et Miss Zahui. Mais ce défilé a été annulé à la dernière minute. Pourquoi ?

- Je ne saurais vraiment donner les raisons qui ont poussé à l’annulation de ce défilé. C’est vrai qu’on a eu à faire des réunions ici à Abidjan et on était très avancé dans notre organisation. J’avais fait la sélection des mannequins ivoiriens qui devraient nous accompagner à Dakar. Je pense qu’à la dernière minute, il y a eu un changement de programme au niveau de la délégation de Côte d’Ivoire. Il devrait y avoir une soirée ivoirienne au cours de laquelle, il y aurait le défilé. Mais la soirée a été annulée, je ne sais pour quelle raison. Et comme tout se fait par programme, il n’y avait plus un programme dans lequel on allait insérer le défilé ivoirien. Voilà !

• Avec le défilé ‘’Edition Limitée’’, c’était la première fois que la mode était dans le programme officielle de la Francophonie. Qu’en pensez-vous ?

- Il ne faut surtout pas que ce soit la dernière fois. Je veux vraiment que ce soit une initiative qui soit continuelle. Même si ce n’est pas Pathé’O qui va recevoir les stagiaires. La Francophonie regroupe plusieurs pays et le sommet se déroule tous les deux ans dans des pays différents. Qu’Edition Limitée se passe au Laos, à Antananarivo, à Bruxelles, à Ottawa, à Cotonou, à Alger, à Abidjan ou Paris, je serai vraiment heureux qu’elle se tienne. Il faut surtout que le programme prenne en compte les jeunes Africains qui ont un talent fou, mais qui ont du mal à démarrer s’ils ne sont pas accompagnés. Il arrive dès fois que le talent meurt par manque de suivi et de soutien. Et puis, le soutien, ce n’est pas forcément de l’argent, il peut être sous forme d’initiative pour inciter les jeunes. Si le programme Edition Limitée continue, ce sera vraiment une satisfaction pour moi.

• Quelle forme de collaboration future souhaiteriez-vous entre les créateurs et la Francophonie ?

- Il peut y avoir plusieurs formes de collaboration entre l’OIF et nous les créateurs dans le secteur de la mode. Le programme Edition Limitée peut en être un élément et je souhaiterais que ce soit même un catalyseur de la future relation qui va exister entre l’Organisation Internationale de la Francophonie et la mode. Pour l’instant, ça a commencé avec les jeunes. Mais leurs devanciers auront aussi besoin d’appui. Car les créateurs, on a beau dire qu’on a l’expérience, la compétence, le savoir-faire et tout, mais on a toujours besoin de la lumière. Et cette lumière doit venir du soutien d’abord de nos Etats, ensuite des organismes internationaux, comme l’OIF. Nous sommes les parents oubliés de la culture. Tant qu’on ne crie pas, on ne nous entend pas.Alors que personne ne peut être à une tribune ou à une invitation sans être habillé.C’est vraiment paradoxal notre situation avec les autorités. Mais nous n’allons plus nous laisser faire.Aujourd’hui, nous allons crier sur tous les toits que la mode fait partie du développement.Nous formons beaucoup de monde. Et l’industrie de demain, est incontestablement la mode.

• Et quelle relation existe-t-elle entre la Maison Pathé’O et l’OIF ?

- L’Edition Limitée était à sa première édition avec la Maison Pathé’O. Mais entre l’OIF et la Maison Pathé’O, ce n’est pas la première fois. J’ai défilé pendant le Sommet de la Francophonie à Ouagadougou au Burkina Faso et celui de Québec. C’est la troisième fois que je collabore avec l’OIF. Je pense que cela va continuer.

• Avant la Francophonie, vous avez sorti une ligne jeunesse faite de tee-shirts. A quoi cela répond-il ?

- Un créateur est quelqu’un qui est capable de tout faire. Il imagine tout. Et en créant, on ne demande pas l’avis de quelqu’un. On invente un produit qu’on pense être beau, acceptable et on le met sur le marché. C’est vrai que souvent, on vise une clientèle bien donnée. Et avec ces tee-shirts, on vise le marché de la jeunesse. Je peux vous dire que ça a pris. Malheureusement, la production est comme une édition limitée (rires). Mais, je rassure, ça va se poursuivre. Et on pense le faire en cette période de fête. On va livrer toutes nos boutiques pendant ce mois de décembre. Que ce soit à Abidjan, Yamoussoukro, Ouaga ou Dakar, partout où il y a des boutiques Pathé’O, on y trouvera ces nouveaux tee-shirts.

• C’est vrai que c’est dédié à la jeunesse, mais elle n’a pas de moyens ?

- (Il rit) Les prix ont été étudiés. Et il fallait qu’on crée quelque chose qui plaît aux jeunes. C’est d’ailleurs pour cela qu’on a mis beaucoup de temps à les mettre sur le marché. Il faut aussi dire que la Maison Pathé’O ne fait pas de l’à peu près. Et la qualité a forcément un prix. On doit enlever de la tête des jeunes que ce qui vient de l’Europe, d’Asie ou d’Amérique est forcément de qualité supérieure, que ce que nous faisons ici en Afrique. Et puis, s’habiller africain est vraiment culturel. S’habiller avec ce qui vient de chez nous participe aussi au développement de nos pays. C’est ça l’idée : amener la jeunesse à être moins accro à ce qui vient de l’extérieur. Aidons-nous à émerger, en consommant ce qui vient de chez nous. Mais je sais aussi que le consommateur ne peut pas consommer n’importe quoi. C’est pour cela que nous essayons de mettre un accent particulier sur la qualité de nos productions.

• Vous répétez sans cesse que nos marchés sont envahis par ce qui vient de l’extérieur parce que ces marchés sont vides…

- Effectivement, nos marchés sont vides. On n’arrive pas à les inonder de nos productions. On ne peut pas continuer à attendre que le client vienne vers nous. De plus en plus, les gens n’ont plus le temps pour aller deux fois chez un couturier pour le même habit. Ils se disent qu’ils perdent de l’argent et du temps. On a essayé de limiter les dégâts en montant des boutiques pour nous rapprocher de la population. Et pour qu’on inonde le marché africain, il faut qu’on soit plusieurs à le faire. Comme on le dit, la nature a horreur du vide. Et quand le vide est là, alors, tout le monde s’y installe. C’est nous qui devrions le combler. Si nous ne nous battons pas pour le faire, on va disparaître. Un jour, on va se lever et constater que tout ce qui envahit nos marchés, ce sont des produits venant de l’extérieur. On ne peut pas les chasser.C’est à nous de nous battre pour être aussi compétitifs, pour contrecarrer cette invasion extérieure. Battons-nous pour être sur le terrain.C’est ce combat que nous devons mener, à savoir, amener les Africains à se dire qu’ils ne sont pas obligés d’aller ailleurs pour s’habiller.

 

Omar Abdel Kader 

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PATHE'O

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Créateur africain de mode.

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